NOTRE GESTE POUR L'AVENIR

Construire durable avec des matériaux locaux. Economiser la matière et l’énergie. Faire simple, faire beau, faire utile, construire responsable.

Et si on changeait tout ? 

 

Ils parlent de nous !
MAGAZINE FIFTY TWO

Nos partenaires

Nouvelle rédigée par les coéquipiers de Morpho dans le cadre d’un appel d’offre “Decembre 2019”

2120,

Sur la canopée du parc thermal, le magnétobus soulève les branches des vieux hêtres dans un silence absolu. J’admire par le plancher de verre toute la beauté du paysage qui s’offre à moi, quarante mètres plus bas. Les bâtiments se distinguent subtilement au coeur d’un écrin de verdure. J’évolue en compagnie des autres passagers en direction de l’Hôtel Resort Thermal, une construction datant des années 2020. Je dois y rencontrer Mr Aloïs04, directeur du service de l’ecosphère, afin d’échanger sur le nouveau programme « Coeur de Bulle 2121 » lancé par la ville de Châtel-Guyon. Le Grand Projet de Station de Pleine Santé commandité par Mr Bonnichon et sa municipalité à Morpho Architecture dans les années 2020, ont permis la création et le développement du plus grand poumon du Massif-Central. Désormais sous sa bulle thermo-régulée, l’écosphère de Châtel est isolée des nuages de pollution et des dérèglements climatiques. A l’écart des espaces saturés par le stress et la folie d’une population en mal de vivre, ici, tout est paisible dans une logique constructive imparable : les cures sont devenues le refuge des citadins en quête de ressourcement. Me voilà arrivée au Resort Thermal, station 4, étage 8. Les portes s’ouvrent sur le grand hall. Le directeur m’accueille à bras ouverts.

Bonjour Mlle Elana77 et bienvenue au complexe Aïga. Le trajet a été agréable ?
– Oui merci. Vos magnétobus sont particulièrement confortables et rapides.
– Oui, il est vrai que nous sommes à la pointe de la technologie afin de pouvoir proposer les meilleures prestations à nos clients.
Il s’arrête un instant puis, en m’indiquant la direction d’un geste amical, il ajoute :
– Suivez-moi ! Je tiens à vous faire visiter le parc thermal tel qu’il a été revisité le siècle passé. Vous allez comprendre nos motivations !
Nous empruntons l’ascenseur de verre qui nous mène directement sur l’avenue du Général de Gaulle, un sentier verdoyant. Je me demande ce que ce général a réalisé au cours de sa vie pour avoir une si grande rue encore à son nom.
Aloïs04 me coupe dans ma réflexion :
– Comme vous le savez, Châtel est un véritable poumon d’air grâce à ses forêts environnantes, ses parcs et bâtisses végétalisés ainsi que ses sources curatives. Son atout est son lien fort avec son histoire et le thermalisme grâce aux infrastructures qui ont su voyager à travers les siècles. Chacun des bâtiments possède sa particularité mais tous s’intègrent dans une logique d’ensemble grâce aux aménagements urbains et paysagers mis en place par les architectes et les différents acteurs en 2020.
Regardez ! Nous arrivons à la Maison du Paysan…
– Incroyable ! Elle est identique aux clichés de l’époque ! m’exclamé-je surprise.
Un homme se dirige vers nous et nous invite à entrer pour boire un café. J’observe autour de moi. La lumière naturelle vient à nous par le biais des ouvertures conservées sur la façade principale du bâtiment. Des carreaux colorés intégrés aux menuiseries intérieures jouent avec la lumière comme un kaléidoscope.
Je hume avec bonheur l’odeur du café chaud qui se dégage de la tasse que l’on vient de me servir. Quel plaisir de pouvoir prendre le temps de savourer un authentique café noir ! De nos jours, tout va si vite…
– Autrefois, ce bâtiment accueillait des sanitaires ! m’informe le gérant. Grâce aux architectes de l’époque, la structure principale du bâtiment n’a quasiment pas été impactée. Aujourd’hui, comme vous pouvez le constater, les sanitaires se sont transformés en café participatif. Ceci en modifiant simplement les cloisonnements intérieurs du volume indépendant, initialement créé et pensé par les architectes. Mon interlocuteur me fait signe de lever les yeux au plafond. Des ouvertures vitrées me permettent d’observer la charpente du bâtiment principal. Malgré son usage peu valorisant à l’époque, je constate admirative que les architectes avaient fait le
choix de souligner les qualités de l’existant et ainsi conserver l’esprit et la noblesse du bâtiment. Notre café terminé, nous reprenons notre visite. Nous ne marchons pas longtemps : notre prochaine étape se situe juste en face. Accolée au bâtiment des anciens thermes de la ville, une petite structure en pierre de Volvic a été conservée, mystérieuse, au milieu d’une végétation dense. Le son de l’eau qui coule nous invite à pénétrer à l’intérieur. En son coeur, deux jets viennent créer des jeux sonores et visuels.
– C’est relaxant…
Sur une vitre, les sources de la ville ont toutes été symbolisées, gravées en lettres d’or. Devant la vitrine, l’une d’elle forme un rideau d’eau. Je suis tentée de tendre la main…
– L’eau est chauffée ? j’interroge surprise par la sensation de chaleur.
– Non, la plupart des sources ici sont naturellement chaudes. Il s’agit principalement de résurgences. Sur un autre pan de mur, une source jaillit dans un bac en pierres de Volvic et court dans l’ensemble du bâtiment en jouant sur les niveaux et les inclinaisons. Les architectes avaient certainement fait ce choix pour créer différentes ambiances sonores. L’ensemble dispose de différents jeux de lumière pour inviter à la détente. Je m’assieds en compagnie de mon guide. A nos pieds, la source Deval continue son chemin, avant de disparaitre sous terre. Aloïs04 me montre les photos au mur.
– Approche-toi, touches-en une.
Je m’exécute, curieuse de cette demande. A ma grande surprise, les personnages de la photo prennent forme autour de moi et s’animent.
– On croirait des vrais ! m’exclamé-je enjouée en examinant sous toutes ses coutures l’hologramme d’une dame en combinaison de bain bleu marine.
– C’est une nouvelle technologie que nous avons récemment mise au point. On l’a appelé « Photo-immersion ».
Autour de nous, l’ambiance du XIX ème siècle est parfaitement retranscrite. Plus besoin de fermer les yeux et d’imaginer. Je me laisse porter par cette rêverie virtuelle. Soudain Maupassant me fait signe ! Puis je suis transportée à travers les années et les siècles dans les différents lieux de la ville. En quelques minutes, je me retrouve en 2020 à suivre avec attention le chantier du projet Station Thermal de Pleine Santé. C’est extraordinaire ! A la fin de l’animation, je dois reprendre mon souffle, encore ébahie par ce voyage virtuel dans le temps. Puis j’ai hâte d’aller découvrir ce que la visite de la Maison des Curistes me réserve. Nous déambulons entre les arbres avant de rejoindre son parvis aménagé de différents espaces d’assises. Attenante au bâtiment, une structure en bois guide la végétation sur les façades Est et Nord qui se déploie jusqu’au toit pour le recouvrir entièrement. Nous longeons le ruisseau, sur un sentier abrité par la sculpture de bois. A l’ombre de ce tunnel végétalisé, un curiste nous salue et nous tient la porte d’entrée. La rupture entre l’intérieur et l’extérieur est à peine perceptible. Les larges ouvertures au Sud laissent en effet passer la lumière naturelle au travers du feuillage toujours très présent. Nous nous dirigeons vers les buvettes en lave émaillée, héritage des siècles passés, et prenons place parmi les curistes. Aloïs04 m’invite à goûter ces eaux miraculeuses. Mon verre rempli, je m’enfonce sur la banquette courant le long du mur de la salle et contemple l’espace. Sa réorganisation, imaginée par Morpho, a permis de conserver sa fonctionnalité dans le temps. La lumière naturelle s’est tamisée avec les
années et la densification de la végétation. Cependant je note pour moi-même que les premiers vitraux de la façade Nord et les vitraux au Sud ajoutés par les architectes donnent une ambiance solennelle et paisible à cette salle.
– Le bâtiment était autrefois séparé en deux par une cloison vitrée et occultable au besoin, m’informe mon guide. Aujourd’hui chacun peut accéder librement à l’ensemble du lieu. Il ajoute :
– Je dois me rendre à un rendez-vous. Retrouvez-moi à l’hôtel en fin de journée pour que nous puissions parler du projet à venir !
Je décide de rester sur place et de rejoindre l’espace bibliothèque attenant pour passer le temps. Quel bonheur de feuilleter des livres papiers à l’heure où seul le support numérique existe ! Morpho avait imaginé cet espace d’échanges et de culture il y a 100 ans, comme le point de rencontre entre habitants, curistes et touristes. Des aménagements amovibles en bois ajouré de hauteurs différentes ont permis de séparer les espaces sans les fermer. Ainsi chacun peut se trouver un coin légèrement en retrait pour bouquiner sans toutefois être coupé du reste du monde. Je saisis un livre sur une étagère et m’installe dans un canapé moelleux. Face à moi un écran géant indique les dates des prochains évènements : conférences, séminaires, réceptions, spectacles… J’imagine comment chacun de ces évènements nécessite un aménagement qui lui est propre. J’aperçois des panneaux mobiles rétractables au plafond et comprends l’astuce. En extérieur, de grands volets coulissants préservent l’intimité des usagers tout en apportant une protection solaire. Je me laisse bercer par le bruit du ruisseau qui court dehors et me plonge dans mon livre.

Je me réveille en sursaut. Seule à la grande table de l’open-space, mes coéquipiers ne sont pas encore arrivés. Face à moi, le calendrier de mon ordinateur indique Jeudi 19 Décembre 2019, 8h00. Je me lève et me passe de l’eau sur le visage pour retrouver mes esprits. Dans la glace, je remarque des marques d’encres alignées sur ma joue. Je souris satisfaite.
Je l’ai trouvé mon récit ! Et si de ce rêve j’en faisais une réalité ?